Le quai Amiral Bergeret et l’épopée d’Izarra : une étoile sur l’Adour
À Bayonne, sur la droite du pont Saint-Esprit, le quai Amiral Bergeret déroule sa façade le long de l’Adour. Peu de passants imaginent qu’ici battait autrefois le cœur d’une aventure industrielle et commerciale qui fit rayonner la ville bien au-delà du Pays basque : celle de la liqueur Izarra.
| Bayonne, le Réduit, le pont Saint-Esprit et le quai Bergeret début des années 1930 |
Le quai porte le nom d’un marin bayonnais qui s’illustra sur toutes les mers pendant la Révolution. Un nom tourné vers le large… et c’est justement vers le monde entier que s’élancera, quelques décennies plus tard, une petite bouteille verte ou jaune devenue mythique.
Une étoile née au Pays basque
Izarra signifie « étoile » en basque. L’histoire commence en 1906, lorsque le botaniste Joseph Grattau crée à Hendaye une liqueur aux plantes baptisée Izarra Fine-Hendaye. La recette, subtile et aromatique, séduit rapidement.
Dès 1907, la renommée franchit un cap symbolique : le champion de pelote basque Chiquito offre une bouteille au roi Édouard VII d’Angleterre lors d’un séjour à Sare. Izarra entre dans les cercles élégants.
| Chiquito offre une bouteille au roi Édouard VII d’Angleterre |
Face au succès, une grande distillerie est construite en 1912 sur les bords de l’Adour, dans le quartier Saint-Esprit. Le long bâtiment industriel du quai Amiral Bergeret devient alors un emblème du paysage bayonnais.
| Inauguration de la distillerie Izarra à Bayonne le 2 février 1913 |
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
De Bayonne aux États-Unis
Dans les années 1920, Izarra n’est plus seulement régionale : elle devient cosmopolite. En 1926, Ernest Hemingway la cite dans son premier roman Le Soleil se lève aussi. En 1929, elle brille à Paris dans le cocktail « Et moi je te dis… Maud », vainqueur d’un championnat de cocktails.
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
Les années 1930 marquent son entrée sur le marché américain, soutenue par une publicité audacieuse. Après la Seconde Guerre mondiale, Izarra devient partenaire des courses de ski pyrénéennes, des concours de pelote et des fêtes traditionnelles. En 1950, l’affichiste Paul Colin signe une publicité devenue iconique.
Même la grande histoire croise celle de la liqueur : en mars 1960, en pleine Guerre froide, Nikita Khrouchtchev déguste Izarra lors d’un dîner officiel à Pau.
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
L’apogée et la fin d’une époque
Dans les années 1960, la marque prospère à l’international : Mexique, Argentine, Colombie, Venezuela, Espagne… La production dépasse le million de bouteilles. Izarra est alors l’une des grandes signatures de la Côte basque.
| La distillerie Izarra à Bayonne en 1913 |
En 1981, la maison Cointreau rachète l’entreprise familiale. Puis en 1998, la distillerie historique de Bayonne est détruite. La production quitte l’Adour pour Angers.
Aujourd’hui, en longeant le quai Amiral Bergeret, il faut un peu d’imagination pour entendre encore le bruissement des machines et sentir les arômes d’herbes macérant dans l’alcool. Pourtant, pendant près d’un siècle, c’est ici qu’une « étoile » basque a brillé sur les rives de l’Adour… avant de conquérir le monde.
| Affiche Izarra de Paul Colin |
Commentaires
Enregistrer un commentaire